Conseil de métropole du 6 décembre 2019 – Débat d’orientation budgétaire

Intervention de Ronan Pichon, vice-président en charge du Numérique, de l’Economie Sociale et Solidaire et du Développement Durable, à propos du débat d’orientation budgétaire de la métropole brestoise.

Aujourd’hui de lourdes contraintes pèsent sur les finances de notre collectivité. Ces contraintes viennent largement de l’Etat. Se permettant, lui, de présenter un budget non équilibré, ce dernier demande aux collectivités et aux organismes de sécurité sociale de compenser des mesures qu’il n’a su anticiper, notamment suite à la crise des Gilets jaunes. Encore une fois, l’Etat utilise une stratégie régano-thatcherienne : creuser les déficits, en distribuant des exemptions fiscales ou des exonérations de cotisations sociales et y trouver un prétexte pour couper dans les dépenses d’aides et de solidarités. Résultats : un nivellement des systèmes de retraite vers le bas, des hôpitaux au bord de la faillite, des services publics qui ferment et s’éloignent de la population, des collectivités qui n’ont plus de marge pour agir avec certains services, ici aussi, à l’os !

La présentation du budget 2020 qui nous a été faite dans le document élaboré par les services des finances est très complète pour situer les éléments financiers qui contribuent à définir nos budgets futurs. Toutefois, nous identifions deux grands manques dans la commande qui leur a été passée et qui pourtant nous semblent devoir y figurer :

  • Tout d’abord, les indicateurs sociaux. Il ne fait nulle-part mention du taux de pauvreté. Celui-ci pourrait pourtant être pris en compte dans les propositions de la collectivité, comme le niveau d’éducation ou encore l’espérance de vie.

Cette donnée est souvent peu prise en compte dans les débats d’orientation budgétaire, que ce soit à Bercy ou à Brest. Pourtant, on l’a vu dernièrement, elle est prise en considération dans les réformes du Gouvernement, qui estime que l’allongement de cette espérance de vie justifie une réforme globale du système des retraites et un nivellement vers le bas. En réalité, au regard des chiffres, qui n’augmentent plus depuis plusieurs années, cet argument tombe, de fait.

Ces éléments se trouvent dans l’observatoire social de l’Adeupa me direz-vous, hélas le dernier remonte au 10 décembre 2018, il serait bon que cet observatoire soit disponible avant notre débat et qu’il soit joint au document que nous avons déjà. Par exemple, nous savons que le taux de pauvreté monte en flèche en France, qu’en est-il sur notre métropole, c’est un élément important quand il s’agit de travailler sur le budget.

  • Le contexte n’est pas seulement budgétaire et monétaire, il doit être une vision globale de notre monde, de nos sociétés, aujourd’hui confrontées à un défi de taille : celui du changement climatique et du devenir de notre planète et des êtres vivants qui la peuple.

En effet, l’autre grand absent de cette présentation est l’analyse de nos émissions de carbone : pas une ligne n’est consacrée à l’analyse de l’évolution des émissions et de la concentration de carbone dans l’atmosphère alors que c’est un enjeu on ne peut plus important pour notre santé ainsi que pour les générations futures.

En ce moment, se déroule à Madrid la COP 25. En 2018 le taux de CO2 dans d’atmosphère était de 407,4 ppm, en 2019 il est estimé à 410 ppm, 47% au-dessus du taux préindustriel. Cette année l’augmentation des émissions de CO2 à l’échelle planétaire est de 0,9%, l’augmentation est moindre qu’avant, mais il s’agit tout de même d’une augmentation. Nous sommes loin d’une inversion de la courbe…

Ce débat d’orientation budgétaire démontre que nous sommes encore focalisés sur la croissance, le PIB, les indicateurs de l’ancien monde ! Ceux qui nous mènent dans le mur, si nous continuons à les considérer comme des guides.

En nouvelle Zélande, le gouvernement a décidé de se focaliser sur d’autres indicateurs pour définir ses priorités, il a choisi de mettre en avant les indicateurs de bien être : santé mentales, bien être des enfants, transition de l’économie,…

Un budget carbone, sorte de quota d’émissions acceptables par la collectivité, pourrait répondre en partie à cette urgence de prise en compte des enjeux climatiques. Brest métropole doit s’engager résolument dans la transition écologique. Cet engagement doit se traduire par des actions qui diminuent le bilan carbone de notre territoire, par exemple investir dans les moyens de transports “propres” : trams, bus, vélos, piétons sans tergiverser.

Mais, il faut également que dans l’action de la métropole nous soyons capables de mesurer l’impact carbone de nos actions et de nos achats et donc que nous ayons les moyens de le diminuer, en identifiant clairement les leviers d’actions à notre disposition pour ce faire.

Actuellement, d’après le projet de plan climat que nous serons amené à voté très prochainement, seule 1% des émissions de CO2 de la métropole sont stockées sur le territoire. Notre capacité de réservoirs naturels à absorber le carbone de l’air est bien inférieur à nos émissions, il est urgent d’agir. Des mesures s’imposent :

– Limiter l’artificialisation des terres,

– Lutter contre l’étalement urbain

– Augmenter la surface forestière

– Adapter les pratiques agricoles (moins de défrichage, couplage des productions en polyculture, permaculture, agroforesterie, etc.)

– Favoriser l’utilisation des produits bois dans la construction

– Favoriser les déplacements autres que la voiture individuelle

– Améliorer la qualité du bâti…

Les solutions existent, mettons les en œuvre rapidement, nous pouvons le faire, dès 2020 !

Pour marque-pages : Permaliens.

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